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Histoire et passé de ce projet

L’histoire de l’Aéroport Grand-Ouest commence dans le milieux des années 60. En prévision de l’explosion du trafic aérien, un site est recherché pour ouvrir un aéroport dans les années 80. Le site de Notre Dame des Landes à 15km au nord de Nantes est sélectionné pour sa situation géographique, géologique et sa densité de population.

Un arrêté préfectoral permet de « réserver » l’emplacement, une Zone d’aménagement différé (ZAD) à vocation aéroportuaire. Les terres vont des lors être lentement rachetées par l’état.

Le projet initial d’un simple aéroport commence par prendre de l’ampleur en se voulant également Hub de fret, à l’instar de Rotterdam.

Mais les chocs pétroliers de 73 et 79 font plonger le pays et les finances. Les perspectives d’avenir sont également modifiées : le projet est mis en sommeil.  En effet, les chocs pétroliers sont une inflexion majeure de l’économie et participent à une prise de conscience au niveau de l’état et des autorités que les difficultés d’approvisionnement en énergie contraindra définitivement la trajectoire d’une croissance que l’on voudrait la même que lors des 30 glorieuses.

Les années passent et le besoin se fait sentir

Le projet est relancé en 2000 par le Gouvernement Jospin  sujet de discorde politique entre socialistes et écologistes.Il s’agit à la fois de dynamiser la région qui doit se contenter de l’aéroport de Nantes, soi-disant vieillissant congestionné et sans possibilité d’agrandissement. Ce dernier argument, majeur, est des plus fallacieux.

Les outils comme le « syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest » sont mis en place. Le projet est calibré pour 4 à 5 millions de passagers, ce qui en fait un projet à vocation européenne et internationale.

Comment est présenté l’aéroport ? Un atout pour l’avenir.

Les arguments sont les suivants :

Un levier pour l’économie du Grand Ouest

Tourisme, aéronautique, BTP, pôle de compétitivité, enseignement supérieur et recherche, tertiaire supérieur, entreprises exportatrices… les arguments habituels sont de mise.

Réduction des risques et des impacts liés au survol de l’agglomération nantaise (aéroport actuel):

Des espaces libérés au cœur de l’agglomération nantaise pour poursuivre son développement.

Un projet peu coûteux pour le contribuable (les fameux Partenariat Public Privé au sujet desquels on découvre régulièrement comment les pouvoirs publics se font arnaquer. N’est ce pas messieurs les élus ?)

Du Greenwashing désormais habituel (norme HQE).

Evidemment, chaque point avancé ne tient pas et relève de la propagande.

Sans rentrer dans les détails, une remarque sur le fond :

Les experts en énergie savent que le pic pétrolier passé, l’approvisionnement en énergie va fortement décroître à une échelle de temps de 1 ou 2 décennies. Les projections sur le trafic aérien sont donc toutes fortement biaisées.

De plus, il faut savoir que le secteur du transport aérien utilise du carburant non taxé, ce qui est susceptible de changer quand le vent tournera.

Du fait de la transition énergétique, pilotée ou subie, les grosses infrastructures et activités fortement carbonées vont décroître massivement à l’horizon 2030. Bref, les prévisions sur l’avenir sont assez sombres. Il n’y a pas besoin d’être voyante pour prédire la fin des voyages bon marché.

L’argent et l’énergie dont nous disposons devrait de toute urgence être employé à préparer la transition énergétique plutôt qu’à la précipiter de force avec des projets qui seront inutiles dans un monde qui sera rapidement fortement contraint en pétrole.

Sur le terrain, les oppositions sont plus construites :

Les opposants sont là et enchaînent recours sur recours. Tous sont bien sûr rejetés. Les écologistes résistent corps et âmes à cette destruction programmée d’une zone humide préservée, véritable paradis pour la faune et la flore.
Deux espaces naturels protégés(ZNIEFF), seraient en effet détruites si l’aéroport était construit.

Le dossier commence à s’enliser et les résistances se structurent. C’est dans ce contexte que le concessionnaire Vinci est choisi en 2010.

La Zad pour résister à un projet abberrant

Peu à peu, les lieux sont investis par des opposants venus de la France entière. Le projet se rapporche en effet de sa phase concrète. Des manifestations dégénèrent. Les autorités temporisent et le premier ministre, curieusement un ex Maire de Nantes annonce un status quo en attendant la fin de tous les recours.

Le monde de demain se construit

Sur des valeurs d’entraide, de partage, de sobriété énergétique , de low-tech, d’agro-écologie, un monde de dessine doucement dans la Zad. L’argent et la croissance n’y guident rien.  Alors que l’on sait que les sociétés les plus résilientes à l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle seront basées sur ce modèle.

La suite

Le 25 janvier 2016 la justice valide l’expulsion des derniers agriculteurs et riverains historiques vivant sur la ZAD.

Devant la forte opposition et le siège de la ZAD, une consultation départementale est organisée. Les habitants du département de Loire-Atlantique devront répondre à la question : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? » LA réponse est oui. La cour administrative d’appel de Nantes valide, le 14 novembre 2016, les arrêtés autorisant les travaux.

Néanmoins, à l’arrivée au pouvoir d’En Marche, une médiation est décidée. G. Feldzer (ancien pilote de ligne), M. Badré (ONF) et A. Boquet (préfet) seront les médiateurs. Le rapport est remis en décembre 2017 au premier ministre qui tranche : « Je constate aujourd’hui que les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ». « Le projet sera donc abandonné ».

Dès lors, le gouvernement entend « Mettre fin à la zone de non-droit » et fait évacuer la ZAD de manière musclée : journalistes tenus à l’écart, blessés etc. De facto, la ZAD n’a plus de raison d’être.

Néanmoins, la ZAD est devenue avec au fil du temps un projet de société à défendre, une utopie.  L’avenir, après l’effondrement de nos sociétés thermo-industrielles ressemblera beaucoup plus à la vie dans la ZAD à qu’à nos vies actuelles.

En effet, les occupants ont investi les lieux de manière constructive : lieux, agriculture, vivre-ensemble, « Communs », gratuité, échange de biens et de service. Des occupants délivrés de la marchandisation des rapports sociaux et des rapports de soumission capitaliste.

Un modèle prié de rentrer dans le moule.